Numérus Clausus

La difficulté d’accès à certains médecins a débuté dès les années 2000. En médecine générale, et plus précisément dans le cadre de la permanence des soins, ce constat a abouti à la réorganisation des centres de réception et de régulation des appels (CRRA) autour du 15. Parallèlement, l’obligation de la « garde » passait en mode volontariat, non pas pour se désengager de la permanence des soins, mais uniquement pousser le législateur à tenir compte des effets dévastateurs de la gestion de la formation initiale en médecine : le Numérus Clausus

En France, le nombre d’admis en deuxième année de médecine est contrôlé chaque année par le gouvernement grâce au système du numerus clausus. Ainsi, peu importe la note obtenue à l’examen, un étudiant en médecine ne pourra passer en 2ᵉ année que s’il se classe parmi les X milliers premiers. Ce quota, appelé numerus clausus, est fixé chaque année de manière relativement arbitraire par les facultés sous la houlette du ministre de l’Enseignement supérieur.

Comme le montre le graphique, le quota annuel d’admissions a connu une franche baisse pendant 25 ans avant de commencer à remonter au début des années 2000.

Seulement, et il n’est pas nécessaire de sortir de polytechnique pour comprendre que maintenir un niveau de recrutement aussi bas, ne peut générer que de la pénurie quand on sait que la durée moyenne des études médicales est de 10 ans.

 

Ajoutons à cela d’autres facteurs aggravants comme l’augmentation de l’espérance de vie, l’explosion des pathologies chroniques, le peu de reconnaissances des professionnels de santé, le vieillissement de ces mêmes professionnels, et vous avez tous les ingrédients nécessaires à une pénurie stable et savamment entretenu. En effet, notre système de santé étant basé uniquement sur l’offre (et non pas sur le besoin), nous sommes dans la chronique de catastrophe annoncée depuis les années 90.

Et à ce petit jeu là, tous les professionnels de santé sont au même régime : Diminuer l’offre pour diminuer la dépense en santé.

 

Pendant ce temps-là, de nombreux étudiants sont obligés de contracter des emprunts bancaires pour faire leurs études à l’étranger (Belgique, Espagne, Portugal, Roumanie…) en particulier lorsque la famille n’est pas en capacité de financer ces études (entre 4 000 et 6 000E/an). Outre l’inégalité d’accès aux études, cette dérive favorise à termes à une fuite de nos cerveaux.

Les exigences légitimes des nouvelles générations de médecin sont par ailleurs responsables de difficultés de relais entre générations. Ainsi, il faut compter 2,5 jeunes médecins pour remplacer un médecin partant à la retraite.

Il faut ajouter que 20% des étudiants n’exerceront pas la médecine. Certains abandonnent par dépit, par burn out et tentative de suicide. D’autres s’orientent vers des professions administratives (hors soins).

La réponse du gouvernement a été donc depuis 2020 de « supprimer » le numérus clausus, au profit du numérus apertus. Ne cherchez pas à comprendre, au mieux c’est du toilettage pur pour se voiler la face contre l’incompétence de nos dirigeants, au pire, c’est une usine à gaz incompréhensible. Ce maquillage revient en réalité à augmenter le numérus clausus de 15%, alors qu’il faudrait la doubler, en parallèle d’une réforme systémique de la santé. Et encore dans ces conditions optimales, on pourrait espérer un retour en équilibre entre l’offre et la demande en…… 2035 !

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