L’offre et la demande

Comment en est-on arrivé là ? Il serait difficile de résumer tout cela en quelques lignes, et sans une connaissance précise de l’histoire de la gestion en santé en France, il est difficile d’avoir un diagnostic précis et proposer des solutions cohérentes.

Nous vous invitons à lire cet article très complet qui retrace les grandes étapes qui ont régi les décisions en santé depuis plus de 100 ans. 

Pour résumer, la situation actuelle est une pièce de théâtre en 3 actes, la somme de 3 principes aussi incohérents qu’hypocrites :

  • L’offre génère la demande et la demande génère la dépense. Donc, il suffit de diminuer l’offre pour diminuer les dépenses.
  • Une suradministration démesurée pour entretenir et gérer la pénurie.
  • Dénigrer ensuite tout cela sur la population la plus simple à atteindre : les professionnels de santé.
Il ressort de tout cela un sentiment d’une désorganisation complète de la part des pouvoirs publics dont les décisions, toutes sensibilités confondues, ont été régies par la maîtrise des coûts. Il serait tentant de dire qu’ils sont incompétents, ou mieux encore qu’ils ne savaient pas. Bien que tentant, cette explication est clairement imparfaite et donc à exclure. Il ne reste alors qu’une volonté et une stratégie assumée.
 
Alors la bonne question à ce stade est de savoir pourquoi une telle volonté et stratégie ? On peut tenter d’apporter une réponse sur trois causes profondément intriquées.
La première réponse est essentiellement idéologique, et émane du néolibéralisme de nos sociétés européenne et occidentale. Dans cette idéologie, la concurrence est la règle dans tous les domaines, y compris la santé. 
 
 

La deuxième cause est structurelle et relève de la macro-économie. L’Europe a été et est toujours une idée vertueuse, mais qui malheureusement a trouvé ses bases sur l’économie de marché. 

 

La troisième cause est plus d’ordre sociétal dans le sens d’une recrudescence de la lutte des classes. En effet, les difficultés d’accès à la santé en France concernent essentiellement la population générale, là où les élites de la société (nos gouvernants en particulier) shuntent totalement ces difficultés. Ainsi, avec un carnet d’adresses bien fourni, des moyens financiers et des circuits alternatifs, alors tout est possible. Il est étonnant de voir que ceux qui sont responsables de cette désorganisation de la santé ne sont pas concernés par ses effets délétères. On ne verra jamais un ministre ou un député passer 12h d’attente sur un brancard des urgences d’un hôpital public. De la même façon, ils n’auront pas de difficultés à trouver un RDV dans les 48h avec un ophtalmo, là où le commun des mortels mettra six mois. Cette déconnexion de l’élite de son peuple n’est pas seulement valable dans le domaine de la santé. Elle est visible dans bien d’autres secteurs, rappelant les privilèges des castes d’autrefois.

En médecine, nous savons mieux que quiconque que si le diagnostic est faux, le remède sera pire que le mal. La stratégie de la santé du 20° siècle a été basé sur le soin. On parlait et on parle du risque « maladie » à l’image de l’assurance maladie. Cette approche pouvait se comprendre dans la première moitié de ce siècle, et après les deux guerres mondiales. Les trente glorieuses, les progrès technologiques et scientifiques de cette période, l’augmentation de l’espérance de vie, et l’explosion des pathologies chroniques ont très vite montré les limites de ce raisonnement. Le fameux trou de la sécu s’est révélée dès le début des années 80.

 

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